La Chaire

Professeur de sociologie à l’Université du Québec en Outaouais, Thibault Martin est titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance autochtone du territoire depuis 2011. L’objectif de cette Chaire est de mieux comprendre la gouvernance autochtone du territoire, en étudiant l’articulation qu’opèrent les Autochtones entre territoire matériel (ressources naturelles et environnement) et territoire social (ressources psychoéducatives et guérison). En somme, il s’agit de comprendre et de théoriser comment les Autochtones agissent sur le territoire afin qu’il continue à produire leur société.

Historique

La Chaire a contribué à la formation de nombreux étudiants, du premier cycle au post-doctorat. Elle a aussi permis de créer 5 cours en études autochtones, dont 3 de niveau de maîtrise. Elle a développé une concentration « Autochtone » au sein de la Maîtrise en sciences sociales du développement de l’Université du Québec en l’Outaouais.

Depuis sa création, la Chaire a  réalisé de nombreux projets de grande envergure, tant sur le plan académique que social.. Elle a notamment joué un rôle important dans l’attribution d’un Doctora Honoris Causa à M. William Commanda et dans l’organisation du Forum Plan Nord. La Chaire a publié de nombreux articles et ouvrages, parmi les plus importants, on notera Umiujaq de Fabienne Joliet, ouvrage issu d’un projet réalisé conjointement par l’Institut Polaire Paul-Émile Victor et la Chaire ainsi que les traductions en anglais et en allemand de E9-422: Un Inuit de la toundra à la guerre de Corée d’Eddy Weetaltuk. Cette année, La Chaire a reçu en 2014-2015, la chercheure Helga E Bories-Sawala, lauréate de la Bourse John-G.-Diefenbaker 2014. La Chaire a contribué à la formation de nombreux étudiants, du premier cycle au post-doctorat. Elle a aussi permis de créer cinq cours en études autochtones, dont trois de niveau de maîtrise. Elle a développé une concentration « Autochtone » au sein de la Maîtrise en sciences sociales du développement de l’Université du Québec en l’Outaouais.

Travaux de la chaire

Les travaux de recherche de la Chaire se développent autour de trois axes:

Axe 1: La gouvernance des ressources naturelles et de l’environnement

Le premier concerne la manière dont les Autochtones s’impliquent au côté d’autres acteurs dans la gouvernance des ressources naturelles et dans la cogestion des projets de protection de l’environnement. Les travaux développés dans cet axe s’inscrivent dans la continuité de recherches antérieures (voir http://uqo.academia.edu/thibaultmartin) sur la participation des Autochtones à la gouvernance des ressources naturelles (hydroélectricité, foresterie, mines) et de la protection de l’environnement. L’objectif est d’aborder dans une perspective globale cette question en développant, à la fois des projets à l’international ou en s’intéressant à la manière dont le contexte international influence les expériences canadiennes. Les différents projets développés dans le cadre de cet axe permettront ainsi d’évaluer quels sont les facteurs et les contextes économiques, politiques et juridiques qui permettent aux Autochtones, lorsqu’ils s’engagent aux côtés d’autres acteurs (municipalités, industries, société civile) dans la gouvernance des ressources territoriales, d’influencer la manière dont celles-ci sont exploitées et la façon dont la protection de l’environnement est conçue et mis en œuvre. Cela permettra ainsi de mieux comprendre comment cette participation leur permet de reprendre une partie du pouvoir d’agir sur leurs territoires que la colonisation leur avait fait perdre et de quelles manières ils utilisent ce pouvoir.

Projets développés dans le cadre de cet axe

1) La place des Autochtones dans la gouvernance des parcs du circumpolaire.

2) L’industrie des sables bitumineux et ses répercussions sur les communautés autochtones.

3) La négociation des Ententes sur les Répercussions et les Bénéfices (ERA).

4) La participation à la gouvernance territoriale comme mécanisme de renforcement de la sécurité alimentaire, de la conservation de la biodiversité et de l’empowerment des communautés indigènes de la province du Chimborazo, Équateur.

5) Le redéploiement des industries extractives en Abitibi.

6) Forum Plan Nord.

Axe 2: Le territoire acteur de la gouvernance du social

Le second axe concerne la place que le territoire occupe au sein des sociétés autochtones contemporaines. Il s’agit de comprendre quelle place les Autochtones veulent que le territoire joue au sein d’institutions telles que la santé, les services sociaux, l’éducation, la justice, afin qu’il puisse continuer à « guérir », « éduquer », « soigner », les membres de leurs communautés. En participant à la « gouvernance » du développement et de la protection de l’environnement, les Autochtones reprennent une partie du pouvoir d’agir sur leurs territoires que la colonisation leur avait fait perdre. Cela dit, la colonisation n’a pas uniquement dépossédé matériellement les Autochtones; la sédentarisation, les déplacements de population, les pensionnats autochtones et les placements d’enfants dans des orphelinats ou en adoption ont contribué à « arracher » le territoire du cœur des Autochtones. En les déconnectant de la source de leur spiritualité et de leur culture – le territoire –, ces tentatives d’assimilation ont ébranlé l’équilibre moral des communautés, distendu les liens entre les générations, déséquilibré les relations entre les sexes. Aujourd’hui, les Autochtones qui reprennent en partie le contrôle de certaines institutions instaurent des programmes qui allient pratiques modernes et traditionnelles, qui combinent savoirs académiques et savoirs autochtones. Cela se traduit par un recours important au territoire, que ce soit pour guérir, éduquer, socialiser,  voire  resocialiser les individus « égarés ».  Plusieurs projets, allant de l’étude de la place du territoire dans le Renouveau culturel Polynésien, jusqu’à celle de la création d’un sentier de guérison autochtone, en passant par la participation à l’élaboration d’un projet de mise en oeuvre d’un service de protection de la jeunesse autochtone, sont actuellement en cours. Tous ces projets sont développés pour et en collaboration avec des communautés autochtones.

Projets développés dans le cadre de cet axe

1) La Clinique Minowe : une innovation dans l’offre de services de santé et de services sociaux en milieu urbain pour les Autochtones

2) Pratiques éducatives et de protection de l’enfance : un patrimoine raconté par les Innus d’Uasaht Mak Mani-Utenam

3) Le Territoire comme source de guérison : les séjours thérapeutiques à Uashat mak Mani-Utenam

Axe 3: Le territoire : fondement ontologique de l’autochtonie

Les travaux inscrits dans le cadre de ce troisième volet cherchent à comprendre quels sont les fondements ontologiques de la compréhension du monde des Autochtones. Pour reprendre l’idée de Merleau-Ponty, nous postulons que toute ontologie ne peut passer sous silence que la Nature fait partie intégrante de l’homme, de l’esprit et de l’histoire. Dans cette perspective, l’ontologie autochtone et toutes les méthodologies qui en procèdent accordent une place centrale à la relation consubstantielle qui lie l’homme à la Nature. Dans cet axe, nous développerons des travaux spécifiques et nous effectuerons des synthèses théoriques, épistémologiques et éthiques en croisant les résultats des recherches effectuées dans les autres axes. Nous accorderons une attention particulière aux rapports de genre tant dans leurs contextes historiques que contemporains. L’objectif des travaux de cet axe est d’analyser de façon transversale comment la vision du monde des Autochtones, leur conception du développement social et territorial, leurs interactions avec les autres acteurs et bien sûr l’essence de leur relation à la nature orientent les choix méthodologiques. Ces choix réflexifs contribuent à produire des sociétés qui correspondent à leurs aspirations et supportent leur décolonisation.

Les travaux développés dans cet axe partent de la prémisse que les Autochtones ne sont pas de simples victimes impuissantes de l’histoire mais écrivent leur propre historicité en réagissant à la domination politique, économique, sociale et textuelle de l’Occident. Dans les projets développés dans les deux premiers axes de cette chaire, nous analysons des projets spécifiques de gouvernance (territoriale et sociale) développés par les Autochtones pour reprendre le contrôle de leurs sociétés. Dans cet axe, nous nous intéressons à l’ontologie des savoirs autochtones parce qu’ils permettent aux Autochtones de s’affranchir des différentes composantes du colonialisme textuel, selon l’expression de Saïd. En effet, les textes et le savoir que l’Occident a construit au dépens des Autochtones, notamment au sein des institutions de recherche et d’enseignement, est à la source, selon Linda Tuhiwai Smith, de tout pouvoir colonial.

Projets développés dans le cadre de cet axe

1) Territoire, éthique, épistémologie, méthodologie et normativité du savoir autochtone.

2) Territoire de la décolonisation textuelle.

3) Décolonisation de l’histoire Autochtone.

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