Dans le cadre du lancement de la Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance autochtone du territoire, l’Université du Québec en Outaouais décerne un Doctorat honoris causa à William Commanda

William Commanda : un leader politique, spirituel, et un défenseur de la Terre

Un des plus hauts représentants de de la Nation Algonquienne-Anishinabeg, William Commanda (Ojigkwanong, ce qui signifie « Morning Star » en Anishinabeg) est un aîné de la communauté de Kitigan Zibi (proche de Maniwaki). Né en 1913, il est l’arrière-petit-fils du légendaire Pakinawatik, le chef algonquin qui, vers le milieu des années 1800, a conduit son peuple dans la région de l’Outaouais. Son grand-père est considéré comme l’un des fondateurs de Val d’Or, puisqu’il découvrit la première mine d’or de la région. La légende veut que la rue principale de Val d’Or emprunte le tracé de sa ligne de piégeage.

William Commanda a travaillé comme guide, trappeur et bûcheron pendant la majeure partie de sa vie professionnelle. Il fut un fabricant de canots en écorce de bouleau et artisan de renommée internationale. Le Musée canadien du canot de Peterborough consacre une salle d’exposition permanente à son œuvre. Il a construit un canot pour la reine Margaret du Danemark et a aidé Pierre Trudeau à réparer son fameux canot d’écorce.

Aujourd’hui, reconnu nationalement et internationalement pour son leadership spirituel et pour son engagement dans la protection de l’environnement ainsi que pour sa contribution au rapprochement interculturel, William Commanda a cependant d’abord été un militant politique. Il fut un des membres fondateurs du mouvement Une Nation Indienne en Amérique du nord. Créé en 1943 par Jules Sioui, un Huron de Loretteville, le mouvement voulait réunir toutes les nations amérindiennes du Canada afin de dénoncer les exactions commises contre les Premiers peuples par le gouvernement du Dominion canadien, notamment le non-respect des clauses des traités qui leur garantissaient des terres et leur accordaient des droits de chasse et de pêche. Mais surtout, il croyait que les Premiers peuples n’étaient pas des Sujets britanniques et qu’ils avaient en tant que peuple libre le droit de se gouverner eux-mêmes. Les leaders de la nation indienne rédigèrent même une constitution et créèrent une carte d’identité pour les citoyens de la « nation indienne ». Les leaders du mouvement incitaient tous leurs « Indiens » à se battre pour la défense des droits et de la liberté que l’« envahisseur blanc » leur avait confisqués. William Commanda fut un des fondateurs du mouvement, il en fut même élu Chef suprême en 1953. Cet activisme, inquiéta le gouvernement canadien qui tenta d’intimider ces leaders en dépêchant, en 1944, Thomas Alexander Crerar un représentant du ministre des Mines et des Ressources du Canada à une assemblée générale de la Nation Indienne. Malgré les menaces, les membres de la Nation Indienne en Amérique du nord maintinrent leur projet de créer un gouvernement autochtone pan canadien. Face à cette détermination le gouvernement décida de faire arrêter, en 1949, Jules Sioui qui fut accusé, avec quatre de ses lieutenants, de conspiration. Cette arrestation contribua à la fin du mouvement en tant que tel, mais sans pour autant dissuader les leaders autochtones de continuer à réclamer la reconnaissance de leurs droits et à s’opposer aux décisions du gouvernement qui contribuaient à leur marginalisation. Beaucoup s’engagèrent dans la politique communautaire dans l’espoir de contribuer à faire progresser la situation économique de leurs membres, tout en continuant à réclamer que leurs droits soient honorés et que les terres négociés dans les traités et qui leur avait été volées, leurs soient restituées. William Commanda s’engagea dans cette voie et dirigea pendant près de vingt ans (1951-1970) sa communauté, tout en gardant des liens avec les derniers membres De la Nation Indienne en Amérique du nord.

Cela dit, il a aujourd’hui quitté la voie politique pour se consacrer à la spiritualité et au rapprochement interculturel. Ses enseignements et les cérémonies qu’il anime mobilisent des personnalités autochtones de tout le pays et du reste du monde ainsi que de nombreux non-autochtones du Canada. William Commanda est maintenant considéré comme un grand guide spirituel dans la plupart des communautés autochtones du pays et du reste de l’Amérique. Il a été qualifié de Dalaï Lama canadien, un titre qui révèle que ses contemporains voient en lui un leader spirituel d’envergure internationale. Les autorités canadiennes ont d’ailleurs souvent recours à ses services pour accueillir des hôtes prestigieux, tels que Nelson Mandela, ou le Dalaï Lama, lui-même, avec lequel il a béni, en 1980, le monument canadien des droits de la personne. En 1998, il fonde Elders without Borders – un rassemblement d’Aînés autochtones, de leaders spirituels autochtones ainsi que non-autochtones. En 2000, il crée le Circle of All Nations/Cercle de toutes les Nations. Le cercle n’est ni une organisation ni un réseau, mais plutôt une éco-communauté mondiale qui conduit chaque année plusieurs centaines de personnes, en provenance du monde entier, à se réunir à Kitigan Zibi pour participer à des cérémonies sacrées de calumet, de loge de sudation et pour participer à des discussions sur les quatre grands thèmes qui sont chers à William Commanda : la sagesse autochtone, le respect de la Terre Mère, l’harmonie interculturelle, la justice sociale et la paix. Il a fondé ces deux organismes afin de donner une place, au sein de la société contemporaine, à la spiritualité autochtone, et afin de réunir autour de celle-ci tous les peuples de la terre.

Par ailleurs, il est engagé dans différentes causes humanitaires et environnementales et a participé à différents événements internationaux d’envergure ainsi qu’à des instances internationales tels que le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies. En 1991, il fut invité au Pré-Sommet de la Terre organisé à Rio par le président François Mitterrand. En 1993, il a participé à la première conférence autochtone Cri de la Terre organisée par les Nations Unies. En 1995, il a été guide spirituel de la marche Sunbow Five Walk qui traversa les États-Unis de Cape Cod à Santa Barbara en Californie. Cette marche, d’une durée de sept mois et demi et de 6000 km de long, avait pour objectif de sensibiliser la population américaine à la question environnementale. Depuis cette époque, il a été invité à participer à de nombreux événements dans une dizaine de pays. Parmi ces événements, signalons le Millennium International Peace Gathering (New York 2000), le Peace Summit (New York 2000), Fields of Wisdom Constellation Congress (Allemagne 2001), World Conference Against Racism (Afrique du Sud 2002), Indigenous Elder’s Gathering (New Mexico 2002), Peace Building Conference (Bahamas 2003).

Un des engagements parmi les plus importants de William Commanda concerne la protection de l’eau. Il donne régulièrement des conférences afin de sensibiliser la population à cet enjeu. Il est président d’honneur du Comité de désignation patrimoniale de la rivière des Outaouais qui cherche à faire inscrire celle-ci dans le Réseau des rivières du patrimoine canadien. Ce programme national de conservation des rivières vise la protection et la promotion des rivières canadiennes, et cherche à ce que les grandes rivières du Canada soient gérées d’une manière durable.

Depuis 1990, William Commanda travaille avec l’architecte autochtone Douglas Cardinal pour transformer les îles Victoria et Chaudières (situées aux abords de la chute des Chaudières sur la rivière des Outaouais) en un complexe culturel dédié à la réconciliation entre les peuples, ainsi qu’entre entre l’homme et la nature. Situé au cœur de la capitale du Canada, à la frontière du Québec et de l’Ontario, ce site sacré pour les Amérindiens deviendrait un lieu de préservation et d’épanouissement de la culture et de la spiritualité autochtone et un symbole du rôle que les Autochtones veulent jouer dans la construction du Canada. Ce projet ambitieux et d’envergure nationale a été acclamé à la fois par la ville d’Ottawa et de Gatineau. La Commission de la Capitale Nationale s’est récemment engagée dans cette voie et planifie redonner vie à ce site historique.

William Commanda est porteur de trois ceintures wampum d’importance historique : la Ceinture des Sept Feux, la Ceinture de bienvenue de 1700 et la Ceinture du traité Jay. Dans le monde autochtone, être porteur d’une ceinture wampum signifie que la personne est à la fois reconnue comme un sage, mais aussi comme détenteur d’un savoir historique considéré comme équivalent, bien que de nature fondamentalement différente, au savoir scientifique. Ce savoir traditionnel longtemps sous-estimé, voire méprisé par le monde intellectuel occidental, est aujourd’hui de plus en plus accepté au sein du monde universitaire, non seulement comme une forme alternative de la « connaissance », mais aussi comme une source de savoirs complémentaires à la science. Le savoir traditionnel est aussi reconnu dans des domaines aussi inattendus, puisque profondément enracinés dans la tradition écrite et le savoir formel que l’histoire, la médecine ou le droit. Le Juge Lamer dans l’Affaire Delgamuukm en admettant en preuve le témoignage d’un aîné se rapportant à des promesses orales faites lors de la signature d’un traité au XIXe siècle a ouvert la porte à l’institutionnalisation du savoir dont sont détenteurs ceux que les Autochtones qualifient d’aînés, notamment les porteurs de ceinture wampum.

C’est parce que les actions et la vie de cet homme constituent un modèle pour les jeunes autochtones que l’Université du Québec en Outaouais a décidé d’accorder un Doctorat honoris causa à William Commanda. Le parcours de William Commanda est distinct de celui de bien des leaders politiques autochtones, en ceci qu’il a construit son destin et son action par lui-même et l’a basée sur la promotion du rapprochement interculturel. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes autochtones ne croient plus à la politique, ont été déçus par leurs leaders, doutent de leur avenir, et ne croient pas qu’ils ont une place dans la société canadienne. Cette morosité est source de désespoir et cause de nombreux problèmes sociaux. La vie de William Commanda, modeste dans ses actions, constante dans sa détermination, honnête envers sa communauté et envers lui-même représente un modèle d’espoir. Aujourd’hui, les Autochtones qui cherchent à redonner espoir à la nouvelle génération sont persuadés que la meilleure solution est de mettre en évidence les talents et les expériences de vie des Autochtones qui se sont distingués. Cette pédagogie, qui fait la promotion de « l’exemplarité » et du « role model », a pour objectif de convaincre les jeunes que leur avenir leur appartient individuellement et que, par-delà les conditions matérielles et sociales, ils ont la responsabilité et le devoir de devenir eux-mêmes. Décernant un tel honneur à William Commanda l’Université du Québec en Outaouais considère, en quelque sorte, que cette pédagogie mérite d’être encouragée car elle a aussi une place dans le cadre formel de l’Université.

En décernant ce Doctorat honoris causa à William Commanda, l’UQO franchit une nouvelle étape dans son projet de rejoindre les différents groupes culturels et sociaux de la région de l’Outaouais et des Laurentides. Récemment, l’UQO a transmis au CRSH (Conseil de recherche en sciences sociales du Canada), une demande pour que lui soit attribué une « Chaire de recherche du Canada sur la gouvernance autochtone du territoire ». Dans le document présenté par l’université, le choix d’une chaire dans le domaine autochtone est notamment justifié par le désir de l’UQO de s’enraciner dans son milieu et de rejoindre une population qui jusqu’à présent n’a pas reçu autant d’attention qu’elle le mérite. En décernant ce Doctorat honoris causa à William Commanda, l’UQO indiquera aux communautés autochtones de la région que son désir de créer des ponts avec elles est bien réel.

Par ailleurs, sur un plan académique, en décernant ce doctorat à un aîné détenteur d’un savoir et d’une philosophie autochtone, l’UQO reconnaitra que le savoir traditionnel peut constituer une forme de connaissance légitime. Cette décision contribuera à ce que l’UQO se positionne comme un leader dans ce domaine. Finalement, ajoutons que la nouvelle génération d’étudiants est de plus en plus sensible aux questions autochtones; décerner cette distinction à un leader autochtone de notre région constituera un événement auquel les étudiants seront très sensibles.

Publications et distinctions reçues 

2003 Récipiendaire du « Justice Award » de l’Université d’Ottawa

2003 Récipiendaire du Prix pour la Paix, décerné par la Conférence mondiale des religions pour la paix (Paris)

2004 Récipiendaire du Bill Mason River Conservation Award

2005 Récipiendaire d’un Doctorat honoris causa de l’Université d’Ottawa.

2006 Reçoit les clés de la ville Ottawa.

2008 Nommé Officier de l’Ordre du Canada, pour sa contribution au rapprochement interculturel et pour avoir œuvré à sensibiliser la population canadienne aux traditions des peuples autochtones du Canada

2009 Récipiendaire du National Aboriginal Achievement Awards.

2010 Le Collège Willis d’Ottawa crée une bourse d’étude en hommage à William Commanda.

William Commanda est décédé le 03 Août 2011, il était âgé de 97 ans.

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