Pratiques éducatives et de protection de l’enfance : un patrimoine raconté par les Innus d’Uasaht Mak Mani-Utenam

Équipe de recherche

Chercheure principaleChristiane Guay (UQO)  Co-chercheursThibault Martin (UQO),Sébastien Grammond (Université d’Ottawa),

Financement 

CRSH, (Programme Développement savoir) et CRCGAT

Résumé de la recherche proposée

Au Canada, depuis le milieu du XXe siècle, les peuples autochtones ont été assujettis aux régimes de protection de la jeunesse mis sur pied par chaque province. Les répercussions négatives de ces régimes sur les peuples autochtones sont bien connues. De nombreux enfants autochtones ont été retirés de leur communauté pour être placés dans des familles d’accueil non autochtones ou pour être adoptés par celles-ci.

Encore aujourd’hui, les enfants autochtones sont surreprésentés dans les systèmes provinciaux de protection de la jeunesse, y compris au Québec (Lafrance et Bastien, 2007). Cette surreprésentation est connue depuis au moins le début des années 1980 (Johnston, 1983). Depuis, des recherches de plus en plus nombreuses ont mis au jour les conséquences néfastes de l’application indifférenciée des systèmes de protection de la jeunesse aux communautés autochtones (citées dans Blackstock, 2009). En effet, même si la loi stipule que toute intervention doit prendre en considération les caractéristiques des communautés autochtones, l’application de la loi n’est pas toujours adaptée à la réalité autochtone.

La rigidité de la loi, l’incompréhension des cultures autochtones et la méconnaissance des pratiques culturelles d’intervention sociale, d’éducation et de protection des enfants par les travailleurs sociaux non autochtones expliquent en grande partie la surreprésentation des enfants autochtones dans le système de protection de la jeunesse (Kline, 1992; Sinclair et al., 2004).

Devant les constats accablants relevés dans la littérature, plusieurs communautés autochtones ont, depuis le début des années 1980, tenté d’endiguer le départ massif des enfants en créant leurs propres systèmes de protection de la jeunesse (Walmsley, 2005). En effet, plusieurs études récentes (Blackstock et Trocmé, 2005) démontrent que la gouvernance autochtone en matière de services sociaux donne des résultats positifs, puisqu’elle favorise le développement d’approches communautaires originales pour assurer la sécurité et le développement des jeunes autochtones. Cela pose toutefois des défis de taille aux communautés, notamment celui de convaincre les autorités de leur capacité à gérer un tel système, mais aussi de la pertinence d’un système différent fondé sur des pratiques culturelles uniques et originales.

La présente recherche vise à mettre au jour les différentes pratiques culturelles des Innus en matière d’intervention sociale auprès des enfants, mais aussi en matière d’éducation, de protection et d’entraide au sein de la famille élargie et de la communauté. Nous adoptons une démarche compréhensive fondée sur une perspective théorique constructiviste et une méthode biographique de type récits de pratique pour aller à la rencontre des modes de construction des logiques d’action qui caractérisent les pratiques culturelles innues. Comment compose-t-on avec le fait d’être un intervenant social autochtone? Une grand-mère innue? Comment conçoit-on son rôle, ses responsabilités envers les enfants? Comment s’articule une pratique éducative dans un contexte autochtone? Quel place le territoire joue-t-il dans une tel le processus de protection de l’enfance et de reconstruction des habiletés parentales.

Donner la parole aux intervenants innus permet de pénétrer au cœur des réalités quotidiennes des différents membres de la communauté afin de comprendre comment ils actualisent leurs pratiques culturelles et d’éclairer les contours de celles-ci en mettant en lumière certains de leurs éléments distinctifs. De plus, la présente recherche tentera également d’explorer les cadres juridiques et institutionnels pouvant favoriser l’expression de ces différentes pratiques. Ainsi, les résultats de la recherche permettront d’outiller les leaders locaux dans le développement de protocoles d’intervention et dans la négociation d’ententes d’autonomie.

Publications

Information à venir.

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